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SSD : pourquoi la récupération de données n'a rien à voir avec un disque dur

SSD : pourquoi la récupération de données n'a rien à voir avec un disque dur

  • 23 juin 2026
  • Auteur : Stéphane Chapuis
  • Mis à jour le:

Récupérer les données d'un SSD n'a presque rien de commun avec un disque dur. Il n'y a ici ni plateaux ni têtes de lecture, mais des puces mémoire pilotées par un contrôleur, un peu comme une clé USB, en beaucoup plus complexe. Cette différence de nature change tout : les données ne sont pas rangées là où le système croit, le TRIM efface réellement ce qu'on supprime, et un chiffrement matériel peut les verrouiller si le contrôleur meurt. Si votre SSD ne répond plus, arrêtez de l'utiliser, ne réécrivez rien, et ne lancez surtout pas d'effacement sécurisé.

La suite explique comment un SSD est fait, pourquoi sa récupération est un métier à part, et jusqu'où un laboratoire peut aller pour retrouver vos données.

Ce qu'est un SSD

Un SSD (Solid State Drive) est un support de stockage sans pièce mobile : les données y sont conservées dans des puces mémoire NAND, pilotées par un contrôleur, au lieu d'être écrites sur des plateaux magnétiques comme dans un disque dur. Il repose sur les mêmes briques qu'une clé USB ou une carte mémoire : une ou plusieurs puces NAND qui stockent réellement les données, un contrôleur qui orchestre tout, et une horloge qui cadence les échanges. Comme sur ces supports, la connectique ne parle jamais directement à la mémoire : elle passe par le contrôleur.

Ce qui change, c'est l'interface par laquelle le SSD dialogue avec l'ordinateur. Sur un SSD classique, l'échange se fait entre la prise SATA et le contrôleur. Sur les modèles récents au format allongé, dits M.2, que l'on trouve dans la plupart des ordinateurs portables, l'échange se fait entre le connecteur M.2 et le contrôleur. Le principe reste le même, seule la porte d'entrée diffère.

Voilà pour la ressemblance de façade avec une clé USB. Mais sous le capot, le SSD joue dans une tout autre catégorie de complexité, et c'est là que la récupération devient un métier à part.

Pourquoi le SSD est plus difficile à récupérer

Trois mécanismes, absents du disque dur, compliquent sérieusement la tâche.

Les algorithmes du contrôleur. Un contrôleur de SSD ne se contente pas de ranger les données. Il les répartit en permanence sur les puces, gère l'usure des cellules et déplace les blocs pour préserver les performances et la longévité. Résultat : les données ne sont pas stockées de façon directe et lisible. Ce que le système croit être un fichier à tel endroit est en réalité éparpillé et transformé par le contrôleur. Sans comprendre ces algorithmes, lire la mémoire ne donne qu'une bouillie inexploitable.

Le TRIM. Le TRIM est une commande qui permet au SSD d'effacer réellement les blocs marqués comme libres, pour rester rapide à l'écriture. Sur un disque dur, un fichier supprimé reste physiquement présent tant qu'on n'écrit pas par-dessus. Sur un SSD, le TRIM peut purger ces blocs en quelques minutes. La suppression y est donc souvent définitive, et c'est l'une des grandes différences à connaître.

Le chiffrement matériel. De nombreux SSD chiffrent les données au niveau du contrôleur, automatiquement. Tant que le contrôleur fonctionne, tout est transparent. Mais s'il tombe en panne, lire les puces mémoire séparément ne suffit plus : sans la clé détenue par le contrôleur, le contenu extrait reste illisible. C'est précisément ce qui distingue un SSD d'une simple clé USB, où la lecture directe de la puce donne souvent un résultat exploitable.

Les modes de panne d'un SSD

Quand un SSD lâche, c'est rarement anodin. Les cas que nous voyons se regroupent en quelques familles.

PanneCe qui se passe
Contrôleur défaillantLe SSD ne répond plus ou mal, capacité fausse, disparu du BIOS
Firmware corrompuLe contrôleur ne sait plus comment les données sont structurées
Panne électrique / surtensionComposants endommagés, plus d'alimentation correcte
Soudure froide, connexions casséesContact électrique interrompu (voir plus bas)

Le contrôleur est le point faible le plus fréquent : il casse, cesse de répondre correctement, et le SSD devient inaccessible. Vient ensuite la corruption du firmware, ce micro-logiciel que le contrôleur lit pour savoir comment les données sont organisées et comment gérer les zones problématiques, les pistes mortes, décalées ou déplacées. Quand ce firmware est corrompu, il existe des solutions pour le modifier, mais elles restent plus minimalistes que sur un disque dur mécanique SATA. Enfin, les pannes électriques et les surtensions peuvent endommager les composants et couper le SSD net.

Formats, soudures froides et le casse-tête du BGA

Le format le plus répandu aujourd'hui est le M.2, cette barrette allongée qui équipe la majorité des portables. Apple, sur d'anciens MacBook Air et Pro, utilisait aussi des SSD allongés, mais avec une connectique propriétaire qui lui était propre.

Ces formats amènent leur lot de pannes physiques. La première est la soudure froide. Une soudure froide est une soudure qui n'a pas correctement fondu ni adhéré : elle a l'apparence d'une soudure normale, mais elle ne fait pas un vrai contact électrique. Le courant ou l'information ne passe plus correctement, de façon parfois intermittente. Le remède consiste à refaire proprement toutes les soudures du SSD pour éliminer ces points défaillants. On rencontre aussi des barrettes M.2 légèrement pliées, dont certains points de connexion se sont cassés et doivent être refaits.

Un détail rend ce travail de plus en plus délicat. Aujourd'hui, presque tous les SSD M.2 utilisent une technologie appelée BGA (Ball Grid Array) : les points de contact ne sont plus disposés sur les côtés des puces, visibles, mais sous les puces elles-mêmes, en réseau de billes invisibles. On ne voit plus les pattes comme autrefois, ce qui complique nettement la reprise des soudures et exige un équipement spécialisé.

Ce qu'un laboratoire fait vraiment

Face à un SSD en panne, plusieurs pistes s'ouvrent, dans l'ordre du moins invasif au plus lourd.

Nous travaillons d'abord avec des outils spécialisés comme le PC-3000, qui permet d'analyser le SSD, de tenter des réparations de firmware ou de translator, l'élément qui traduit l'organisation des données. Nous procédons aussi au nettoyage, au reballing des billes de contact, et à la reprise des soudures froides quand ce sont elles qui bloquent.

Quand ces réparations ne suffisent pas et que le cas le permet, nous passons au dessoudage de toutes les puces mémoire. Nous les lisons séparément, puis nous reconstituons les données comme pour une clé USB : en identifiant le contrôleur et en réappliquant à la volée, sur les dumps obtenus, les algorithmes qu'il utilisait. C'est un travail patient, tributaire du chiffrement éventuel et de la complexité de la répartition des données.

Un cas illustre bien cette complexité. Nous avons reçu un SSD SATA de 2,5 pouces dont le contrôleur posait problème. Nous avons dessoudé toutes ses puces mémoire. Le circuit présentait huit emplacements apparents, mais une construction particulière : les puces étaient empilées deux par deux sur un même emplacement, ce qui portait le total réel à seize puces mémoire. Nous les avons toutes récupérées et lues, puis reconstitué l'intégralité des données. Sans identifier cette architecture empilée, on serait passé à côté de la moitié du contenu.

Les bons gestes

Un SSD qui tombe en panne pose d'emblée un problème sérieux : contrôleur, firmware, électronique, on est rarement face à un simple souci logique bénin. D'où quelques règles simples.

✅ À faire❌ À éviter
Arrêter d'utiliser le SSD immédiatementContinuer à écrire dessus
Le mettre de côté et le faire analyserLancer un effacement sécurisé (secure erase)
Noter le modèle exact et les symptômesMettre à jour le firmware « pour réparer »
Confier le support à un laboratoireMultiplier les branchements et les logiciels

La règle la plus importante : ne jamais lancer d'effacement sécurisé, ou secure erase, sur un SSD dont vous voulez récupérer les données. Cette commande efface réellement et définitivement le contenu. Plus largement, si votre SSD montre déjà un vrai signe de faiblesse, ne tentez pas l'impossible : chaque manipulation supplémentaire, chaque tentative de réparation logicielle improvisée peut compliquer, voire condamner, le travail du laboratoire.

Questions fréquentes

Peut-on récupérer les données d'un SSD en panne ?

Souvent, oui, mais par des voies propres au SSD : réparation du contrôleur ou du firmware avec des outils spécialisés, reprise des soudures, ou dessoudage des puces mémoire pour les lire et reconstituer les données. La réussite dépend du type de panne et d'un éventuel chiffrement matériel.

Pourquoi la récupération d'un SSD est-elle plus difficile que celle d'un disque dur ?

Parce que le contrôleur brasse en permanence les données par des algorithmes, que le TRIM efface réellement ce qui est supprimé, et qu'un chiffrement matériel peut rendre la mémoire illisible sans le contrôleur. Sur un disque dur, les données restent au contraire lisiblement à leur place tant qu'on n'écrit pas par-dessus.

Peut-on récupérer un fichier supprimé sur un SSD ?

C'est très incertain. La commande TRIM purge les blocs marqués libres, souvent en quelques minutes, ce qui rend la suppression définitive. Il faut arrêter d'utiliser le SSD immédiatement ; passé ce délai, un fichier supprimé est généralement irrécupérable.

Le chip-off fonctionne-t-il sur un SSD comme sur une clé USB ?

Pas toujours. On peut dessouder et lire les puces, mais si le contrôleur chiffrait les données, le contenu extrait reste illisible sans sa clé. La répartition complexe sur plusieurs puces, parfois empilées, ajoute encore à la difficulté par rapport à une simple clé USB.

Faut-il faire un secure erase pour réparer un SSD ?

Non, jamais si vous voulez récupérer vos données. L'effacement sécurisé efface réellement et définitivement tout le contenu. Face à un SSD en panne, on n'écrit rien, on ne met pas à jour le firmware au hasard, et on confie le support à un laboratoire.

Qu'est-ce qu'une soudure froide sur un SSD ?

C'est une soudure qui n'a pas correctement fondu ni adhéré : elle paraît normale, mais ne fait pas un vrai contact électrique, ce qui interrompt le passage du courant ou de l'information, parfois par intermittence. La réparation consiste à refaire proprement les soudures concernées.

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