Blog — Récupération de données et cybersécurité
Analyses techniques, conseils de prévention et actualités de la récupération de données par les experts de SOS Data Recovery, laboratoire suisse depuis 2006.
Bien effacer ses données avant de revendre ou jeter son matériel
Supprimer un fichier, vider la corbeille ou faire un formatage rapide ne fait disparaître que l'index qui pointe vers vos données : les données, elles, restent physiquement présentes et un simple logiciel gratuit permet souvent de les restaurer. Autrement dit, tout ce qu'un laboratoire sait récupérer, un acheteur curieux ou mal intentionné peut le récupérer aussi. Avant de revendre ou de jeter un ordinateur, un téléphone, un disque ou une clé, il faut donc soit réécrire réellement tout le support, soit le détruire physiquement. Le bon choix dépend du type de support.
La suite détaille, cas par cas, comment effacer vraiment vos données, et pourquoi un support jeté n'est jamais aussi anonyme qu'on le croit.
Un support jeté ne disparaît pas
On imagine volontiers qu'un disque déposé à la déchèterie file droit au broyeur. La réalité est plus sinueuse. Avant d'être éventuellement détruit, un support passe entre plusieurs mains, transite par des sociétés qui trient et démontent, et rien n'empêche quelqu'un de repérer un disque encore récent et d'y voir une occasion de revente. Le voilà remis en vente sur une plateforme comme Anibis ou Ricardo, avec vos données toujours à bord.
Le principe est simple et sans exception : tant que les données n'ont pas été physiquement détruites ou réellement réécrites, elles restent accessibles. Un disque « jeté » n'est pas un disque effacé. C'est pourquoi la question de l'effacement se pose autant pour un support qu'on revend que pour un support qu'on met au rebut.
Ce qui ne suffit pas
Beaucoup de gens croient avoir tout nettoyé alors qu'ils n'ont fait que ranger la surface. Trois gestes, en particulier, donnent une fausse impression de sécurité.
Supprimer les fichiers et vider la corbeille ne touche pas aux données elles-mêmes. Le formatage simple, ou rapide, ne fait guère mieux : il réécrit la table d'allocation, cet index qui dit où se trouvent les fichiers, mais laisse le contenu intact sur le disque. Avec un logiciel de récupération adapté, on remonte alors sans peine une bonne partie des données. Enfin, la réinitialisation d'un PC ne garantit rien tant qu'on n'a pas la certitude que tous les secteurs ont bien été réécrits.
Autrement dit, ces manipulations conviennent pour libérer de la place ou repartir sur un système propre, mais pas pour protéger vos données avant qu'un tiers ne mette la main sur le support.
Effacer vraiment, support par support
La bonne méthode dépend de ce que vous voulez vendre. Voici les cas les plus fréquents.
| Support | Pour le revendre | Pour le détruire |
|---|---|---|
| Ordinateur portable | Retirer le SSD M.2, ou réécrire tous les secteurs | Percer les puces mémoire (après démontage) |
| Disque dur | Réécrire tous les secteurs (zéros ou aléatoire) | Coups de masse dans les plateaux |
| Téléphone | Réinitialisation d'usine (régénère les clés de chiffrement) | Démonter et percer les puces mémoire |
| SSD, clé USB | Réécriture complète, ou mieux, ne pas revendre | Percer les puces mémoire (après démontage) |
| Bande magnétique | Démagnétiseur | Sortir la bande et la couper en morceaux |
| CD, DVD | Ne pas revendre | Casser physiquement |
Pour un ordinateur portable, la solution la plus sûre est de retirer le SSD M.2 et de vendre l'appareil sans lui. Autant garder ce SSD chez vous, où il pourra servir de sauvegarde supplémentaire. Si vous devez malgré tout vendre le disque, utilisez un logiciel adapté qui réécrit l'intégralité des secteurs, du premier au dernier, avec des caractères aléatoires ou des zéros. Le support est alors réellement remis à plat, mais il faut ensuite réinstaller tout le système d'exploitation.
Pour un téléphone, il faut démarrer dans les modes spécifiques qui permettent une réinitialisation d'usine complète. Les données d'un smartphone sont chiffrées dans les puces mémoire, à l'aide de composants électroniques et de clés logicielles. La remise à zéro d'usine réinitialise ces clés logicielles, ce qui rend l'accès aux anciennes données impossible, même si elles subsistent physiquement, faute de clé pour les déchiffrer.
Pour une bande magnétique, le gain à la revente est faible, et le plus sage est souvent de ne pas la vendre. Si vous y tenez, la seule solution efficace est le passage au démagnétiseur, un appareil qui efface les données par un champ magnétique intense. Dans notre laboratoire, le nôtre fonctionne avec deux gros aimants perpendiculaires : des condensateurs se chargent une quinzaine de secondes, puis délivrent leur énergie dans les aimants pour effacer magnétiquement tout le contenu de la bande. Celle-ci est ensuite prête à recevoir une nouvelle initialisation par un lecteur.
Pour un CD ou un DVD, la revente n'a aucun intérêt : pour vous en débarrasser, cassez-le physiquement.
Détruire physiquement, sans se blesser
Quand un support part à la déchèterie ou qu'il n'est plus fiable, la destruction physique reste la méthode la plus sûre. À chaque support sa technique.
Une bande magnétique se déroule et se coupe en plusieurs morceaux. Un disque dur se neutralise par des coups de masse dans les plateaux, pour les briser. Un téléphone, un SSD ou une clé USB se démontent, et l'on perce leurs puces mémoire.
Un avertissement s'impose ici, car ce geste peut être dangereux. Ne percez jamais un téléphone sans l'avoir d'abord démonté et repéré à l'œil la carte mère et la puce à percer. Si vous percez au hasard, vous risquez de transpercer la batterie et de provoquer un incendie. Cette précaution vaut également pour les SSD et les clés USB. Percer, oui, mais après avoir vu ce que l'on perce.
Le chiffrement aide, mais ne dispense pas de détruire
Un support chiffré donne un vrai sentiment de sécurité, et c'est en partie justifié. Un disque protégé par BitLocker, FileVault ou le chiffrement natif d'un téléphone n'est pas lisible sans la clé. Beaucoup en concluent que le chiffrement suffit.
C'est oublier un maillon. Avec BitLocker, par exemple, la clé de récupération est sauvegardée sur le compte Microsoft de l'utilisateur. Si une personne parvient à obtenir à la fois le disque et l'accès à cette clé de récupération, elle peut accéder au contenu. Le chiffrement est donc une excellente protection au quotidien, mais pour avoir l'esprit vraiment tranquille au moment de se séparer d'un support sensible, rien ne remplace la destruction physique.
Entreprises : une obligation, pas une option
Pour une entreprise, effacer proprement n'est pas un simple réflexe de prudence, c'est une obligation. La nLPD en Suisse, comme le RGPD, imposent une destruction maîtrisée des données personnelles, qu'il s'agisse de fichiers clients, de données RH ou de données de santé. Cette destruction peut s'accompagner de certificats attestant des moyens employés, énergies de démagnétisation ou déchiqueteuses, et des entreprises spécialisées ne font que cela.
Un exemple montre à quel point la chaîne peut se rompre, même entre professionnels. Il y a une quinzaine d'années, nous avons acheté des lots de plusieurs centaines de kilos de disques durs en vrac. Ces disques provenaient d'une administration française et étaient censés être détruits. Le revendeur n'avait manifestement pas suivi la procédure jusqu'au bout : en les examinant, nous avons constaté que toutes les données étaient encore accessibles. Nous avons alors fait le travail nous-mêmes, en formatant intégralement les supports encore fonctionnels et en détruisant physiquement les autres. Des données officielles, vouées à la destruction, se sont ainsi retrouvées entre des mains extérieures, faute d'une chaîne respectée de bout en bout.
Il faut d'ailleurs garder une chose à l'esprit : un support qui ne fonctionne plus n'est pas pour autant illisible. Il peut être réparé par un laboratoire, surtout si son contenu est précieux et intéresse, par exemple, un acteur étatique étranger. Pour des données réellement sensibles, la destruction physique n'est pas une précaution excessive.
Questions fréquentes
Un formatage suffit-il pour effacer un disque avant de le vendre ?
Non. Un formatage rapide ne réécrit que la table d'allocation ; les données restent sur le disque et se restaurent avec un logiciel. Pour effacer vraiment, il faut réécrire l'intégralité des secteurs (zéros ou caractères aléatoires) avec un logiciel adapté, ou retirer et conserver le disque.
Comment effacer réellement un SSD ou une clé USB ?
Par une réécriture complète du support avec un outil adapté, ou, plus sûr encore, en ne le revendant pas. En cas de doute ou de support en fin de vie, la destruction physique des puces mémoire reste la solution la plus fiable.
Une réinitialisation d'usine efface-t-elle vraiment un téléphone ?
Oui, sur un téléphone chiffré. La réinitialisation d'usine régénère les clés de chiffrement logicielles : même si les données subsistent physiquement dans la mémoire, elles deviennent illisibles faute de clé. C'est pourquoi elle est efficace sur les smartphones modernes.
Comment détruire un disque dur ou un téléphone en toute sécurité ?
Un disque dur se casse par des coups de masse dans les plateaux ; un téléphone, un SSD ou une clé se démontent puis se percent au niveau des puces mémoire. Attention : ne percez jamais un appareil sans avoir démonté et repéré la puce, sous peine de transpercer la batterie et de provoquer un incendie.
Le chiffrement BitLocker suffit-il avant de revendre un disque ?
Non, pas à lui seul. BitLocker protège bien au quotidien, mais la clé de récupération est stockée sur le compte Microsoft ; quiconque obtient le disque et cette clé peut accéder aux données. Pour un support sensible, la destruction physique reste la garantie la plus sûre.
Une entreprise doit-elle prouver la destruction de ses données ?
Oui. La nLPD en Suisse et le RGPD imposent une destruction maîtrisée des données personnelles (clients, RH, santé). La destruction peut être attestée par un certificat précisant les moyens employés, et des prestataires spécialisés, ou un laboratoire, peuvent s'en charger.