Blog — Récupération de données et cybersécurité
Analyses techniques, conseils de prévention et actualités de la récupération de données par les experts de SOS Data Recovery, laboratoire suisse depuis 2006.
Perte de données : les bons gestes dans les premières 24 heures
Après une perte de données, il n'y a pas un seul bon geste, il y a le bon geste pour votre problème. Tout dépend de ce qui est arrivé. Certaines situations se dégradent d'heure en heure, une inondation, un incendie, un ransomware qui chiffre vos fichiers, et le temps pour récupérer est alors très court. D'autres, une panne mécanique ou des fichiers effacés, se figent dès que l'appareil est éteint et peuvent attendre des jours. Le réflexe commun à tous les cas : éteindre le support rapidement, et ne rien bricoler avant de faire analyser.
La suite explique comment reconnaître dans quel cas vous êtes, ce qu'il faut faire dans les premières heures, et les manipulations qui font passer une situation récupérable à une situation perdue.
Le seul réflexe valable pour tout le monde : éteindre, et vite
Quel que soit le support, téléphone, disque dur dans un serveur, serveur NAS ou serveur en RAID, le premier geste est le même : couper l'alimentation rapidement. Tant que le système tourne, il peut continuer à aggraver le problème, soit en écrivant sur le disque, soit en laissant un dégât physique progresser sous tension.
Le cas du ransomware est le plus parlant. Dès que vous voyez que vos fichiers sont chiffrés, n'attendez pas, ne cherchez pas à comprendre : éteignez tout de suite. Chaque minute où la machine reste allumée, le logiciel continue de chiffrer de nouveaux fichiers et peut en exporter vers l'extérieur. Laisser l'ordinateur poursuivre, c'est prendre le risque que la totalité des données finisse chiffrée.
Le disque dur qui donne des signes de faiblesse relève de la même logique, pour une autre raison. Quand les têtes claquent ou que le disque devient très instable, il faut l'éteindre et cesser de le faire tourner. Surtout, ne le relancez pas dix, quinze ou vingt fois dans l'espoir que ça reparte. Au mieux, très rarement, le problème se règle seul. Au pire, et c'est le cas le plus fréquent, chaque tentative aggrave les dégâts et peut rendre la récupération impossible.
Quand chaque heure compte
Deux familles de problèmes se dégradent tant qu'on n'agit pas. Ce sont les urgences.
La dégradation physique externe : eau, poudre, produits chimiques
Une inondation, la poudre d'un extincteur ou une projection de produit chimique attaquent le matériel en continu. L'eau est le cas le plus urgent de tous. Sous tension, une inondation ne se contente pas de mouiller : elle crée de la corrosion et ajoute un phénomène d'électrolyse qui ronge les composants. Même de simples gouttelettes peuvent endommager définitivement un support, qu'il s'agisse d'un téléphone, d'un disque dur ou d'un SSD, en quelques heures seulement.
Ces dégâts continuent leur travail même appareil éteint. Éteindre stoppe l'électrolyse et les courts-circuits, mais la corrosion, la poudre et les résidus chimiques, eux, poursuivent leur attaque. C'est pour cela que ces situations exigent un traitement rapide de notre part : plus vite le support nous parvient, plus vite on arrête la destruction physique et on stabilise la situation.
La destruction logique en cours : ransomware, TRIM, mises à jour
L'autre famille d'urgence, c'est la destruction logique qui tourne tant que la machine est allumée : un ransomware qui chiffre, le TRIM qui efface définitivement les cellules d'un SSD après une suppression, les mises à jour du système et les écritures qui passent par-dessus vos données.
Ici, éteindre suffit à stopper le processus. Une fois la machine hors tension, plus rien ne s'écrit, la situation est figée et ne se dégrade plus. C'est toute la différence avec les dégâts d'eau : pour le logiciel, couper l'alimentation gèle le problème ; pour l'eau, non.
Quand rien ne presse une fois l'appareil éteint
À l'inverse, beaucoup de pannes ne s'aggravent plus dès que le support est hors tension. Dans ces cas, l'urgence est de ne pas empirer les choses, pas de courir.
Une panne mécanique ou physique interne, une tête de lecture défectueuse, un court-circuit, des claquements électriques, un système devenu inopérant, se fige quand on éteint. Le problème ne se poursuit plus et n'empire pas tout seul. On peut prendre le temps de nous confier le support.
Le court-circuit mérite une précision. Il ne faut pas laisser un appareil sous tension quand il y a un court-circuit ou une odeur de brûlé : continuer à l'alimenter fait chauffer des composants qui ne sont pas faits pour cela, et ils finissent par claquer et casser davantage. Mais une fois l'appareil hors tension, le court-circuit déjà survenu ne réclame pas d'intervention dans les plus brefs délais : l'élément est figé.
Le formatage et les fichiers supprimés suivent la même règle. Dès que le système est éteint, plus aucune mise à jour ni écriture n'a lieu, donc plus rien ne vient écraser les données effacées. Vous pouvez nous transmettre le disque dans les jours ou les semaines à venir : ce n'est pas le délai qui rendra les données non récupérables, c'est l'écriture. Un RAID qui n'a qu'un problème logiciel, ou un disque qui claque en dehors de tout dégât d'eau ou d'incendie en cours, entre aussi dans cette catégorie : ça peut attendre.
Ça se dégrade encore ou ça se fige ? Le tableau de tri
| Situation | Ça se dégrade encore ? | Le bon geste |
|---|---|---|
| Inondation, dégât d'eau | Oui, même éteint (corrosion) | Éteindre et nous l'apporter vite |
| Poudre d'extincteur, produit chimique | Oui, même éteint | Éteindre et nous l'apporter vite |
| Ransomware qui chiffre | Oui, tant que c'est allumé | Éteindre tout de suite |
| Effacement sur SSD (TRIM actif) | Oui, tant que c'est allumé | Éteindre tout de suite |
| Tête de lecture, claquements, panne mécanique | Non, une fois éteint | Éteindre, ne pas relancer, faire analyser |
| Court-circuit, odeur de brûlé | Non, une fois hors tension | Débrancher, ne pas rebrancher |
| Formatage, fichiers supprimés (système éteint) | Non | Ne plus rien écrire, envoyer même plus tard |
| RAID à problème purement logiciel | Non | Ne pas lancer de rebuild, faire analyser |
Deux pièges qui transforment une panne en perte
Au-delà du bon timing, deux manipulations reviennent souvent et aggravent lourdement la situation.
La première, on l'a vue, est de relancer en boucle un disque dur qui faiblit. Rallumer dix ou vingt fois un disque dont les têtes claquent ne le répare presque jamais et détériore un peu plus la mécanique à chaque essai.
La seconde concerne le RAID. Quand un disque d'une grappe tombe, posez-vous d'abord une question : avez-vous déjà eu un disque défectueux sur ce même RAID auparavant, il y a un mois par exemple ? Si oui, lancer un rebuild est risqué. Il y a de fortes chances qu'un second disque, déjà fatigué, tombe à son tour ou soit déclaré instable pendant la reconstruction. Le RAID se retrouve alors complètement dégradé et bien plus difficile à récupérer. Dans le doute, on ne relance pas de rebuild, on fait analyser.
Ce qui se passe quand vous nous confiez le support
Une fois le support entre nos mains, nous commençons par une analyse pour comprendre ce qui s'est passé. Nous établissons un rapport d'analyse complet et détaillé, avec au besoin des photos des dégâts constatés. Si nous estimons les données récupérables, nous vous soumettons un devis, que vous êtes libre d'accepter ou de refuser.
C'est aussi pour cela qu'il vaut mieux nous appeler tôt : sur un dégât d'eau, de poudre ou de produit chimique, chaque heure gagnée est de la matière préservée. Sur les autres cas, un simple coup de fil évite les manipulations qui coûtent cher.
Ce qu'il faut retenir
Le bon geste dépend du problème, mais un réflexe vaut pour tous : éteindre le support rapidement et ne rien bricoler avant de faire analyser. Deux types de situations se dégradent et imposent d'agir vite : les dégâts physiques externes qui continuent même éteint (eau, poudre d'extincteur, produits chimiques), l'eau en tête, et les destructions logiques qui tournent tant que la machine est allumée (ransomware, TRIM sur SSD, mises à jour), que couper l'alimentation suffit à figer.
Les autres cas, panne mécanique, court-circuit, formatage, fichiers supprimés, RAID à souci logique, ne s'aggravent plus une fois l'appareil éteint et peuvent attendre. Restent deux pièges à éviter absolument : relancer un disque en boucle, et lancer un rebuild RAID quand un disque est déjà tombé par le passé. Dans le doute, on éteint, on ne bricole pas, on fait analyser.
Foire aux questions
Que faire en tout premier après une perte de données ?
Éteindre le support rapidement, quel qu'il soit (téléphone, disque dur, serveur NAS, RAID), et ne rien bricoler avant de le faire analyser. Tant que le système tourne, il peut aggraver le problème en écrivant sur le disque ou en laissant un dégât physique progresser sous tension.
Faut-il toujours intervenir dans l'urgence ?
Non. Tout dépend du problème. Les dégâts d'eau, de poudre d'extincteur ou de produits chimiques, ainsi que les ransomwares et les effacements sur SSD, se dégradent et imposent d'agir vite. Une panne mécanique, un court-circuit ou des fichiers supprimés se figent dès que l'appareil est éteint et peuvent attendre des jours.
Pourquoi un dégât d'eau est-il le cas le plus urgent ?
Parce que l'eau attaque le matériel en continu. Sous tension, elle crée de la corrosion et ajoute un phénomène d'électrolyse qui ronge les composants. Même éteint, la corrosion poursuit son travail, et de simples gouttelettes peuvent endommager définitivement un téléphone, un disque dur ou un SSD en quelques heures.
Mon disque dur fait un bruit de claquement, puis-je réessayer de le démarrer ?
Non. Quand les têtes claquent, chaque nouvelle tentative détériore un peu plus la mécanique. Le relancer dix ou vingt fois ne le répare presque jamais et peut rendre la récupération impossible. Il faut l'éteindre et le faire analyser.
Un disque d'un RAID est tombé, puis-je lancer un rebuild ?
Prudence, surtout si un autre disque de la grappe était déjà défectueux par le passé. Un rebuild sollicite fortement les disques restants et peut en faire tomber un second, ce qui dégrade complètement le RAID. Dans le doute, ne lancez pas de rebuild et faites analyser.
J'ai supprimé ou formaté par erreur, est-ce que je dois me dépêcher de vous l'envoyer ?
Ce n'est pas le délai qui compte, c'est l'écriture. Dès que le système est éteint, plus rien ne s'écrit sur le disque et rien ne vient écraser les données effacées. Vous pouvez nous le transmettre dans les jours ou les semaines qui suivent, du moment que vous n'avez plus rien écrit dessus.